La géopolitique de l’énergie est présentée comme un jeu d’interactions réciproques : l’énergie influence la géopolitique mondiale, tandis que la géopolitique mondiale influence en retour l’énergie. Le webinaire est structuré autour de cinq thèmes jugés incontournables : le pétrole, la guerre en Ukraine, Donald Trump, le Venezuela et l’Iran.
Le pétrole occupe une place centrale dans l’analyse. L’idée d’une disparition prochaine de cette ressource est écartée. L’exemple du Guyana illustre cette position : ce pays, sans passé pétrolier, voit sa situation changer après l’arrivée d’ExxonMobil pour des explorations offshore. Une première découverte est réalisée en 2015, puis la montée en puissance est rapide, avec une entrée dans la production fin 2019 et dans l’exportation début 2020.
Le pétrole représente environ 31 % de la consommation mondiale d’énergie, ce qui en fait la première énergie consommée à l’échelle mondiale. Son poids est particulièrement fort dans les transports et dans la pétrochimie, notamment pour la fabrication des plastiques. Les réserves prouvées sont très concentrées, avec environ 48 % situées au Moyen-Orient, où les coûts de production sont en outre particulièrement faibles.
Cette ressource se distingue aussi par son fort degré de mondialisation : environ 70 % de la production mondiale fait l’objet d’échanges internationaux. Les revenus associés sont considérables. À ce titre, Saudi Aramco enregistre un bénéfice net de 161 milliards de dollars en 2022. Le pétrole conserve également un rôle militaire déterminant, puisqu’il alimente les blindés, les avions de combat et les navires de guerre.
La guerre en Ukraine met l’énergie au cœur du conflit sous plusieurs formes. Le nucléaire apparaît avec la centrale de Zaporijjia. L’hydroélectricité est concernée avec le barrage de Nova Kakhovka. L’électricité est touchée à travers les frappes sur les infrastructures ukrainiennes. Le gaz est présent avec la question des gazoducs Nord Stream. Le pétrole entre également dans le conflit à travers les attaques contre certaines installations et les conséquences sur les marchés.
Les effets de cette guerre se retrouvent directement sur les équilibres énergétiques. En 2022, les États-Unis dépassent la Russie et deviennent le premier exportateur mondial de gaz. En Europe, les prix du gaz atteignent des niveaux exceptionnels. La guerre exerce un effet haussier très important sur le gaz, le pétrole et l’électricité entre la fin 2021 et 2022, avec des prolongements partiels en 2023.
Le troisième thème est celui de Donald Trump, revenu à la Maison-Blanche le 20 janvier 2025. Le slogan « Drill, Baby, Drill » résume une politique énergétique centrée sur l’augmentation de la production américaine de pétrole et de gaz. Les États-Unis sont déjà le premier producteur mondial de pétrole, avec environ 13,5 millions de barils par jour, devant l’Arabie saoudite et la Russie. Une production accrue de pétrole est présentée comme un moyen de renforcer la puissance économique et géopolitique américaine.
Cette politique repose sur trois orientations majeures : faire des États-Unis le producteur énergétique dominant dans le monde ; passer de l’indépendance énergétique à la domination énergétique ; utiliser une énergie abondante pour faire baisser les prix sur le marché intérieur. Plusieurs décisions sont associées à cette ligne : sortie de l’Accord de Paris, état d’urgence sur l’énergie, développement de l’Alaska et arrêt de l’éolien offshore. Une tension apparaît néanmoins entre deux objectifs difficiles à concilier durablement : produire davantage et maintenir des prix bas.
Le Venezuela constitue un autre point clé. Le pays dispose d’environ 300 milliards de barils de réserves prouvées, soit un volume supérieur à celui de l’Arabie saoudite, mais sa production reste limitée, autour de 800 000 à 1 million de barils par jour. Ce décalage est relié à la mauvaise gestion économique des dirigeants vénézuéliens du XXIe siècle ainsi qu’aux sanctions pétrolières américaines. Le pétrole vénézuélien reste ainsi au cœur d’enjeux de pouvoir régionaux et internationaux.
L’Iran est présenté comme un acteur énergétique majeur, avec les troisièmes réserves prouvées de pétrole au monde et les deuxièmes réserves de gaz naturel. Cette place dans le paysage énergétique international renforce son poids géopolitique. Le programme nucléaire iranien reste un sujet structurant, avec en arrière-plan l’accord de Vienne de 2015, puis le retrait américain en 2018.
Face à l’Iran, trois leviers apparaissent : la diplomatie, les sanctions économiques et la guerre. Une séquence de négociations indirectes via Oman commence le 12 avril 2025, avec un ultimatum de deux mois. Dans la nuit du 12 au 13 juin 2025, Israël frappe l’Iran. Le 22 juin 2025, les États-Unis frappent à leur tour trois centres nucléaires iraniens : Natanz, Fordo et Ispahan.
Le détroit d’Ormuz apparaît enfin comme un point névralgique. Une part considérable du pétrole mondial et du GNL y transite. Toute montée des tensions dans cette zone, toute menace de blocage ou toute attaque contre des infrastructures énergétiques aurait des conséquences immédiates sur les marchés énergétiques mondiaux.
Francis Perrin est directeur de recherche à l’IRIS, spécialiste des problématiques énergétiques.
Il est actuellement chercheur associé au Policy Center for the New South (PCNS, Rabat) et expert auprès de l’Association pour le Progrès du Management (APM, Paris).
Francis Perrin donne des cours dans de nombreuses universités et écoles supérieures . Il est un intervenant à l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMo, Paris) pour des séminaires et des ateliers. Il collabore à l’hebdomadaire spécialisé Petrostrategies (Paris). Il rédige les chapitres sur le pétrole et les produits pétroliers dans le rapport annuel Cyclope sur les matières premières (Editions Economica).
Il intervient régulièrement dans de nombreuses conférences et séminaires professionnels sur les questions énergétiques, ainsi que dans divers médias français et internationaux.