France 2030 : transformer l’industrie par l’innovation et le financement public

25 août 2025

Alors que les moyens publics consacrés à l’innovation industrielle atteignent un niveau sans précédent, avec l’un des plans d’investissement les plus ambitieux jamais déployés dans ce domaine, la transformation concrète du tissu productif français reste un défi majeur. France 2030 cristallise cette tension et crée des opportunités concrètes pour les acteurs du secteur.

 

France 2030 : un cadre d’investissement inédit pour réancrer l’innovation dans l’industrie

L’État engage 54 milliards d’euros pour soutenir l’innovation industrielle. Aucun plan public n’avait mobilisé une telle enveloppe budgétaire sur ces secteurs stratégiques.

Un financement structuré sur l’ensemble de la chaîne de valeur

France 2030 finance toutes les étapes de l’innovation : recherche, développement, industrialisation, formation. L’objectif est clair : accélérer la transformation industrielle sur le territoire national. Les dossiers sont déposés dans le cadre d’appels à projets exigeants, souvent sectoriels, parfois territorialisés.

Le pilotage relève du Secrétariat général pour l’investissement (SGPI), rattaché à Matignon. L’exécution opérationnelle repose sur plusieurs opérateurs publics. Ce dispositif concentre une part majeure du financement de l’innovation en France, avec un impact direct sur la structuration du tissu industriel.

Une priorité donnée à la décarbonation et aux acteurs émergents

La moitié des dépenses financent des projets de décarbonation. L’autre moitié cible des PME, ETI et startups engagées dans l’innovation de rupture. Cette répartition répond à deux impératifs : réduire les émissions industrielles et soutenir l’émergence de champions technologiques français.

Des résultats visibles sur le terrain industriel

Au 31 décembre 2024, l’État avait engagé 38 milliards d’euros dans plus de 7 500 projets. Ces investissements couvrent l’ensemble du territoire. Les PME, ETI et startups représentent plus de la moitié des bénéficiaires. Les projets soutenus ont mobilisé 196 000 emplois, dont 156 000 après leur lancement. Plus de 6 000 brevets sont en cours de dépôt. En volume et en portée, France 2030 redéfinit les standards du financement de l’innovation en France, en orientant les aides vers des projets concrets et distribués.

 

Les objectifs industriels pour transformer la production

France 2030 structure son action autour de dix objectifs opérationnels. Cinq d’entre eux ciblent directement la production industrielle.

Nucléaire, hydrogène, véhicules électriques : trois axes de transformation lourde

Le plan finance le développement de petits réacteurs modulaires (SMR). Plusieurs projets sont en cours, dont un démonstrateur de 30 MWe piloté par Newcleo, un microréacteur à haute température porté par Jimmy Energy, et des réacteurs thermiques pour réseaux de chaleur urbains développés par Calogena.

Dans l’hydrogène, les financements visent la production décarbonée par électrolyse, la structuration d’une filière industrielle complète et la formation de 50 000 à 100 000 professionnels. Genvia, à Béziers, installe une « gigafactory » spécialisée dans l’électrolyse haute température. De son côté, Sofresid développe une solution industrielle pour l’éolien flottant.

Sur l’axe de la mobilité, le cap est fixé à deux millions de véhicules électriques ou hybrides produits chaque année en France à l’horizon 2030. Cinq gigafactories de batteries seront opérationnelles dans les Hauts-de-France. L’objectif est d’atteindre l’autonomie nationale sur la chaîne de valeur des batteries.

Décarbonation, avion bas carbone : vers une industrie plus compétitive

France 2030 finance la modernisation de sites industriels à forte intensité carbone, comme ceux de la chimie, du ciment ou de la métallurgie. Le soutien public porte notamment sur la biomasse, l’électrification et la captation du CO2. Quatre grands bassins industriels (Dunkerque, Fos, Loire-Estuaire, Seine-Normandie) expérimentent ce modèle sous forme de zones bas carbone.

Dans l’aéronautique, plusieurs startups conçoivent des solutions de propulsion hybrides, électriques ou à hydrogène. Le plan cible la mise sur le marché d’un avion bas carbone d’ici 2030. Il soutient aussi la production de carburants durables. À Rouen, Lacq ou Saint-Nazaire, des projets pilotes sont en cours pour fabriquer des SAF (Sustainable Aviation Fuels).

Des résultats intermédiaires déjà mesurables

Fin 2024, la France produit 640 000 véhicules électriques par an. Le plan a permis de sécuriser 0,4 GW de capacité d’électrolyse pour l’hydrogène. La décarbonation industrielle financée par France 2030 permet déjà d’éviter 7,2 millions de tonnes de CO2 par an.

 

Une stratégie industrielle fondée sur les territoires et l’innovation émergente

France 2030 finance des projets sur tout le territoire national. Près de la moitié des fonds sont attribués à des porteurs implantés en dehors de l’Île-de-France.

Des PME et ETI industrielles en première ligne

Les PME, ETI et startups représentent 55 % des bénéficiaires du plan. Leur part dans les projets financés dépasse celle des grandes entreprises et des établissements publics. Ce choix d’orientation corrige une tendance des programmes précédents à privilégier les grands groupes. Il renforce aussi l’impact économique local des investissements.

Dans le domaine industriel, les projets financés vont de la modernisation d’outils de production à la création d’usines pilotes. La logique est celle d’une montée en capacité rapide, avec un accompagnement financier et technique dès les premières phases. Plusieurs d’entre eux s’inscrivent dans les logiques de l’industrie 4.0 en France, avec des investissements ciblés en automatisation, robotique, capteurs connectés et analyse de données.

Un levier d’ancrage territorial et de montée en compétence

Dix-huit régions ont signé un contrat avec l’État dans le cadre du volet régionalisé du plan. À la fin de l’année 2024, plus de 980 projets avaient été soutenus au niveau local. Les effets visibles concernent l’emploi, l’offre de formation, et la structuration de filières nouvelles autour de sites industriels.

L’objectif est de créer des écosystèmes complets, capables d’ancrer durablement l’innovation dans les territoires. Cette approche repose aussi sur la montée en compétence des bassins d’emploi. Le plan vise la création de 100 000 nouvelles places de formation dans les métiers industriels d’avenir.

 

Technologies critiques et compétences : deux conditions pour durer

France 2030 finance aussi les leviers qui rendent possible la transformation industrielle à long terme : qualification de la main-d’œuvre et production nationale de technologies stratégiques.

Former 400 000 personnes par an dans les secteurs industriels clés

L’objectif est de créer des formations adaptées à la production d’hydrogène, de batteries, de composants électroniques, ou à la cybersécurité industrielle. Le plan cible les techniciens, les ingénieurs et les opérateurs spécialisés. Des établissements comme Paris Saclay développent des cursus soutenus par France 2030. Des équipements pédagogiques sont aussi cofinancés dans les territoires.

Doubler la production nationale dans les technologies sensibles

En 2024, 3,4 milliards d’euros ont été engagés dans des projets intégrant l’intelligence artificielle. Le plan finance aussi des projets de relocalisation industrielle sur les semi-conducteurs, les composants critiques et les logiciels de contrôle. L’objectif est de sécuriser l’approvisionnement de l’industrie française dans les dix prochaines années.

Simplifier les outils, accélérer les décisions

Le Comité de surveillance des investissements d’avenir (CSIA) alerte sur la lenteur d’instruction de certains appels à projets. Il pointe l’absence d’indicateurs consolidés et le manque de lisibilité des dispositifs pour les PME. Ses recommandations sont : une simplification des outils et un suivi plus étroit des projets financés.

Les moyens sont là, les priorités sont claires et les premiers résultats sont visibles, mais la transformation reste fragile. L’appropriation par les industriels est encore partielle et les outils doivent gagner en lisibilité. Les effets à long terme, en termes d’emploi et de compétitivité, doivent être mesurés. De leur côté, les entreprises doivent pouvoir traduire ces financements publics en investissements pérennes.

 

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