Les prix de l’énergie et des métaux ont fortement augmenté en 2026. Cela risque d’affecter les comptes des industriels jusqu’en 2028, même si une baisse progressive des prix sur les marchés de gros est attendue à partir de 2027. C’est l’un des principaux messages de Jérémy Robiolle, directeur du développement de l’institut Xerfi, invité le 29 septembre à Lyon par le GIFEC pour présenter la conjoncture et les prévisions économiques à l’horizon 2027-2028. Voici ce qu’il faut retenir de cette analyse, mise en regard des derniers chiffres de la filière.
Choc énergétique : des effets sur la facture jusqu’en 2028
Cette année, le conflit entre les États-Unis et l’Iran ainsi que le blocage du détroit d’Ormuz ont provoqué un nouveau choc sur les marchés de l’énergie et des matières premières. La question est de savoir quand ces hausses seront répercutées sur les factures des industriels.
Pétrole et gaz : des prix de marché en forte hausse
Le baril de Brent a dépassé les 100 dollars en avril et en mai, son plus haut niveau depuis 2022. Xerfi anticipe un prix moyen de 87 dollars sur l’année 2026, soit une hausse de 27 %, avant un retour progressif vers 75 dollars en 2027, à condition que le trafic pétrolier par le détroit d’Ormuz revienne à la normale.
Le prix du gaz suit la même tendance. Sur le marché de gros européen, il devrait progresser de 32 % en 2026. L’Europe aborde l’hiver avec des stocks remplis à seulement 57,1 %, contre 74 % en moyenne sur les cinq dernières années. Il s’agit de son niveau le plus bas depuis 2009. Le risque d’une deuxième crise gazière n’est donc pas écarté.
Électricité : une hausse qui arrive avec un temps de retard
Entraîné par le gaz et par les pics de demande liés à la canicule, le prix de l’électricité sur le marché de gros français a plus que doublé entre février et août, passant de 46 à 123 €/MWh en moyenne mensuelle.
Les entreprises ressentiront ces effets, mais en décalé. La plupart achètent leur énergie via des contrats pluriannuels ou sur les marchés à terme. La hausse est donc répercutée progressivement.
Selon l’institut d’étude, le prix moyen payé par les entreprises (contrats supérieurs à 36 kVA) devrait avoir augmenté de 12,2 % en 2026. Une hausse de 15,5 % est attendue en 2027, alors même que les prix de gros devraient commencer à baisser. La fin du mécanisme de l’ARENH, fin 2025, contribue aussi à cette situation. La France reste toutefois mieux protégée que l’Allemagne ou l’Italie grâce à la disponibilité de son parc nucléaire.
Métaux : cuivre, aluminium et zinc au plus haut
Les cours des métaux industriels suivent la même trajectoire. En moyenne sur 2026, Xerfi prévoit une hausse de 36 % pour le cuivre, de 25 % pour l’aluminium, de 23 % pour le zinc et de 18 % pour l’acier européen.
Cette flambée s’explique avant tout par un manque de métal disponible, plus que par une hausse de la demande industrielle. Pour les fabricants, les matières premières coûtent donc plus cher, sans que les commandes progressent.
Si les prix devaient reculer comme prévu à partir de 2027, cette baisse resterait néanmoins limitée. Le cuivre, en particulier, reste très demandé, car il est indispensable aux réseaux et véhicules électriques ainsi qu’aux centres de données.
Une croissance qui marque le pas, en France et dans le monde
Ces tensions freinent l’activité. Faute de visibilité, les entreprises reportent leurs investissements. L’institut a donc revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2026.
Une zone euro à 1 % de croissance ?
La croissance mondiale devrait avoir atteint 2,4 % en 2026 (contre 2,7 % en 2025) avant une légère amélioration à 2,5 % en 2027. L’Europe et les grands pays industrialisés d’Asie, comme le Japon, sont les plus touchés. La zone euro ne devrait avoir progressé que de 1,0 % cette année, le Japon de 0,7 %.
La situation pourrait même se dégrader davantage, sous l’effet de plusieurs facteurs : incertitudes politiques en Europe et aux États-Unis, renforcement possible des mesures protectionnistes, ou encore correction boursière des valeurs technologiques si les résultats de l’intelligence artificielle n’étaient pas au rendez-vous.
Pour l’industrie européenne s’ajoute la pression des exportations chinoises, redirigées vers l’Europe face aux barrières douanières américaines.
L’économie française entre stagnation et attentisme
Pour la France, Xerfi prévoit une croissance inférieure à 1 % en 2026, avant une légère amélioration en 2027.
L’investissement devrait avoir légèrement reculé cette année, plombé par la construction, alors que les entreprises gèlent leurs dépenses d’équipement dans l’attente d’un environnement plus lisible.
Les échéances électorales de 2027 et l’état des finances publiques entretiennent cet attentisme. Le coût du crédit, lui, continue de grimper. Le 22 octobre, le taux d’emprunt de l’État à 10 ans a atteint 5,14 % en séance, son plus haut niveau depuis 2002, selon Reuters. L’écart avec l’Allemagne atteint même son niveau le plus élevé depuis la crise de la dette de la zone euro en 2011.
Les défaillances d’entreprises ont cessé d’augmenter, mais restent à un niveau élevé : 70 605 sur les douze mois à fin juillet, selon la Banque de France, soit 19 % de plus que la moyenne 2010-2019. Elles progressent davantage chez les PME que chez les microentreprises, ce qui accroît les enjeux pour l’emploi comme pour leurs fournisseurs.
L’aéronautique progresse, l’automobile et la construction reculent
Derrière ces moyennes, la situation varie fortement d’un secteur à l’autre. Xerfi a détaillé les perspectives de trois marchés clés pour les fabricants et distributeurs de fournitures industrielles.
L’aéronautique et le spatial : moteurs de l’industrie française
Après deux années à +12 %, la production de l’industrie aéronautique et spatiale devrait avoir progressé de 8 % en 2026. L’institut prévoit encore +6 % en 2027 et +5,5 % en 2028.
Avec le naval, le ferroviaire et la défense, elle fait partie des filières qui soutiennent aujourd’hui la production manufacturière française.
L’automobile recule à nouveau
Xerfi a révisé à la baisse ses prévisions pour l’industrie automobile afin d’intégrer les effets de la guerre en Iran sur le marché européen. Sa production devrait avoir reculé de 4 % en 2026. Le rebond attendu en 2027 resterait modeste (+1,5 %), avant un nouveau repli en 2028.
La construction attend une reprise timide
Après une baisse de 3,5 % en 2025, la production des activités de construction devrait avoir encore reculé de 2,4 % en 2026. Une légère reprise est attendue ensuite, de 0,5 % en 2027 et de 0,7 % en 2028.
Ce que montrent les ventes des adhérents du GIFEC
Sur le terrain, les chiffres de l’été confirment ce ralentissement. D’après la dernière note de conjoncture du GIFEC, réalisée avec l’institut Xerfi, les ventes de ses adhérents ont reculé en juillet et en août, avec un net contraste entre la distribution et la vente directe.
Les ventes en distribution reculent, les ventes directes résistent
Toutes familles confondues, les ventes des adhérents sont légèrement inférieures à celles de l’été 2025 : -4 % en juillet et -1 % en août. Ce recul vient de la distribution (-7,8 % en juillet, -2 % en août), alors que les ventes directes progressent légèrement (+2,7 % puis +1 %). Depuis le début de l’année, le chiffre d’affaires en distribution recule de 1,7 %.
Ce constat rejoint celui de l’Insee, qui relève en septembre une dégradation du climat des affaires dans le commerce de gros, à 93, sous sa moyenne de long terme. Dans l’industrie, en revanche, le moral des chefs d’entreprise s’est amélioré, à 105, selon les données publiées en octobre 2026.
Des écarts marqués selon les familles de produits
Sur les huit premiers mois de l’année, l’usinage tire son épingle du jeu, avec des ventes en hausse de 3,8 % en distribution et de 9,3 % en direct. Les équipements de protection individuelle progressent également en distribution (+2,3 %).
À l’inverse, l’outillage et l’assemblage reculent sur les deux canaux (-3,7 % en distribution, -5,1 % en direct), tout comme la transmission mécanique (-2,9 % et -6,0 %). La transmission hydraulique et pneumatique présente un profil plus partagé, en léger recul en distribution (-1,5 %) mais en hausse en direct (+2,2 %).
Lire le marché pour mieux anticiper ses évolutions
Les coûts devraient rester élevés jusqu’en 2028, avec une croissance progressive. Dans ce contexte, mieux connaître l’évolution de ses marchés permet d’ajuster ses décisions.
Le GIFEC assure ce suivi tout au long de l’année, à travers sa note de conjoncture mensuelle et ses plénières. Sa Commission Distribution, lancée en juin 2026, travaille notamment à améliorer les échanges de statistiques entre fabricants et distributeurs, en particulier pour la note de conjoncture.