Le 17 mars 2026, le GIFEC a réuni ses adhérents autour d’un webinaire consacré à un sujet majeur pour l’industrie : la géopolitique de l’énergie. Animée par Francis Perrin, cette conférence a proposé une lecture des grands bouleversements en cours à travers les cinq clés que sont le pétrole, l’Ukraine, Trump, le Venezuela et l’Iran. Cette analyse pointue a révélé les tensions internationales en cours qui redessinent les conditions d’approvisionnement, les équilibres de marché et, plus largement, l’environnement de décision des entreprises industrielles.
Ce qu’il faut retenir du webinaire
L’énergie est un levier de puissance, un facteur de dépendance et un accélérateur de risques. Pour les industriels, cela signifie que les chocs géopolitiques se traduisent rapidement en tensions sur les prix, en perturbations logistiques, en volatilité et en incertitude sur les chaînes de valeur. Ce sont ces événements et ces conséquences que le GIFEC s’attache à décrypter et à partager avec ses adhérents afin de mieux anticiper les évolutions de leur environnement économique.
Le pétrole est et restera une ressource stratégique
C’est l’un des principaux enseignements de Francis Perrin, la fin parfois annoncée du pétrole n’aura pas lieu. En tout cas, ce n’est pas pour maintenant. Le pétrole reste une matière première extrêmement stratégique.
L’énergie dominante au cœur de l’économie mondiale
Malgré les transitions énergétiques en cours, le pétrole demeure l’énergie dominante. Il est indispensable dans les transports, l’industrie, la logistique et la pétrochimie. Autrement dit, il est au cœur de l’économie mondiale.
Une énergie mondialisée dans un monde mondialisé
Le webinaire rappelle aussi que le pétrole est l’énergie mondialisée par excellence. Une très grande part de la production mondiale fait l’objet d’échanges internationaux, bien davantage que pour le gaz ou le charbon.
Mondialisation et donc surexposition aux crises régionales
Cette mondialisation des flux rend les marchés particulièrement sensibles aux crises régionales, notamment lorsqu’elles touchent le Moyen-Orient, qui concentre une part décisive des réserves prouvées en pétrole.
Les tensions dans cette zone ont donc des effets qui dépassent largement le cadre régional. Elles affectent directement les coûts, les délais et la visibilité des acteurs industriels partout dans le monde.
Guerre en Ukraine : nouveaux équilibres énergétiques
Deuxième clé : l’Ukraine. Francis Perrin a montré le lien entre cette guerre et l’énergie. Non pas qu’il s’agisse d’une guerre « pour » l’énergie, mais elle a des conséquences majeures sur l’ensemble du système énergétique : gaz, pétrole, nucléaire, électricité, infrastructures de transport et sécurité des flux.
L’un des basculements majeurs tient à la recomposition du marché gazier. La guerre a accéléré le recul des exportations russes vers l’Europe, tout en renforçant le rôle d’autres puissances énergétiques, au premier rang desquelles les États-Unis.
Pour les entreprises européennes, cette transformation s’est traduite par une nouvelle hiérarchie des dépendances, une plus forte exposition à la volatilité et une sensibilité accrue aux arbitrages géopolitiques.
Là encore, le sujet n’est pas abstrait : il touche à la sécurité d’approvisionnement, aux coûts de production et à la compétitivité des industriels.
Avec Trump, l’énergie redevient un instrument assumé de domination
Troisième clé : Donald Trump, avec un objectif de politique énergétique américaine simple : faire des États-Unis la puissance énergétique dominante. Production accrue, pression sur les prix, soutien aux hydrocarbures, développement des exportations de GNL… L’énergie est pensée comme un outil de puissance économique, industrielle et diplomatique.
Cette stratégie a un impact direct sur les équilibres mondiaux. D’un côté, elle pèse sur les marchés et sur les rapports de force entre producteurs. De l’autre, elle renforce la place de l’énergie dans les logiques de compétition stratégique. Pour les industriels, cela signifie que les décisions politiques américaines peuvent influencer rapidement le niveau des prix, l’orientation des flux et les conditions générales de marché.
Venezuela et Iran : des foyers de tension aux conséquences mondiales
Le Venezuela et surtout l’Iran constituent les deux autres points de vigilance majeurs développés lors de la conférence.
Le Venezuela possède des réserves gigantesques, mais sa production reste faible, minée par la mauvaise gestion du secteur et par les sanctions américaines. Dans la lecture proposée par Francis Perrin, le sujet vénézuélien dépasse largement le seul cas national. Le pétrole y est un levier de puissance, que Washington cherche à contrôler pour peser sur Caracas, contenir l’influence chinoise et, à terme, desserrer la contrainte sur les prix mondiaux.
Mais c’est bien l’Iran qui concentre aujourd’hui les inquiétudes les plus fortes. Par sa place dans le système énergétique mondial, par le poids de son programme nucléaire et par sa situation géographique, le pays est au cœur d’un nœud géopolitique critique. L’analyse présentée par Francis Perrin montre que les tensions autour de l’Iran dépassent très largement le seul cadre diplomatique. Elles concernent aussi les routes maritimes, les exportations pétrolières, le gaz naturel liquéfié, les capacités de raffinage et, plus globalement, la stabilité du Moyen-Orient.
Dans cette perspective, le détroit d’Ormuz redevient un point névralgique. Toute perturbation durable dans cette zone peut déclencher des effets en chaîne à l’échelle mondiale : flambée des cours, tensions sur les approvisionnements, fragilisation des chaînes logistiques…
C’est un point essentiel pour les industriels, car ces chocs se diffusent ensuite dans l’ensemble des chaînes de valeur, avec des effets parfois différés mais bien réels sur les coûts de fabrication et les prix de vente. Ces répercussions pourraient commencer à se faire sentir en quelques semaines seulement, selon les cycles de production, les secteurs et les politiques de marge.
Pour les industriels, l’enjeu n’est plus seulement d’optimiser, mais d’anticiper
C’est sans doute le message le plus important pour les adhérents du GIFEC. Dans un monde où l’énergie est un facteur de puissance et de vulnérabilité, les entreprises ne peuvent pas considérer le risque géopolitique comme un simple bruit de fond.
Il entre dans la stratégie même de l’entreprise. Cartographie des dépendances critiques, diversification des sources, veille sur les routes logistiques, suivi des marchés, capacité à absorber des hausses brutales… Autant de sujets à surveiller de très près pour sécuriser l’activité.
Fidèle à sa mission, le GIFEC accompagne ses adhérents dans cette montée en complexité. En proposant des temps de décryptage, de partage et de mise en perspective, le groupement contribue à renforcer la capacité des industriels à comprendre les transformations en cours, à mieux mesurer leurs impacts et à adapter leurs décisions dans un environnement devenu plus instable, plus interdépendant et plus exigeant.
Comprendre la géopolitique de l’énergie, aujourd’hui, ce n’est pas observer le monde de loin. C’est se donner les moyens d’agir avec davantage de lucidité, de résilience et de compétitivité.