En 2025, la réindustrialisation française a progressé de manière inégale selon les filières. Les données du Baromètre industriel de l’État montrent que les créations de sites se sont concentrées dans la défense, certains segments aéronautiques et les activités liées à la transition énergétique, tandis que l’automobile, la chimie et plusieurs filières intermédiaires ont enregistré des fermetures. Comment expliquer ces écarts de trajectoire entre filières industrielles ?
Quand la transformation industrielle accentue les écarts entre filières
Les données disponibles montrent un écart croissant entre les filières capables de maintenir un niveau d’investissement et celles confrontées à des fermetures de sites. En 2025, cette différenciation s’est traduite par des trajectoires industrielles nettement contrastées selon les secteurs.
Une réindustrialisation sélective, portée par la commande et l’investissement
Les filières considérées comme gagnantes ont bénéficié d’une visibilité de marché à moyen terme, souvent liée à la commande publique, à des programmes d’investissement planifiés ou à des priorités stratégiques nationales. Cela a été le cas pour certains segments aéronautiques civils et militaires, principalement tirés par la défense.
À l’inverse, les filières en difficulté ont dû engager des transformations rapides de leurs modèles productifs sans débouchés équivalents garantis. L’automobile et la chimie ont cumulé pression réglementaire, hausse des coûts de production et incertitude sur la demande, dans un contexte de concurrence internationale renforcée.
4 contraintes qui touchent l’ensemble des filières
Plusieurs contraintes communes ont pesé sur l’ensemble du tissu industriel et expliqué les écarts de trajectoire entre filières.
La première a concerné les ressources humaines. Les tensions de recrutement, le vieillissement des effectifs et l’inadéquation des compétences ont limité la montée en charge industrielle, y compris dans les secteurs porteurs. Le Baromètre Industrie en Mouvement a souligné le rôle du déficit de compétences techniques dans le ralentissement de la modernisation productive.
La deuxième contrainte a été la volatilité des coûts énergétiques. Cette situation a pesé lourdement sur les filières, en particulier la chimie et la plasturgie. Ici, les secteurs capables d’intégrer rapidement des dispositifs de sobriété ou de décarbonation ont conservé un avantage relatif.
La troisième a concerné le foncier industriel. France Stratégie estime que les besoins en surfaces industrielles supplémentaires à horizon 2035 se sont heurtés aux limites d’artificialisation, aux délais de reconversion des friches et à l’acceptabilité locale des projets.
Enfin, plusieurs scénarios ont montré que certaines activités industrielles devront arbitrer entre développement et sobriété hydrique, notamment dans les territoires déjà sous tension climatique.
Ce qui a fait la différence entre les gagnants et les perdants en 2025
Ce qui a fait la différence en 2025 et restera décisif pour 2026 est la capacité à absorber plusieurs chocs simultanés :
- transition technologique ;
- contraintes environnementales ;
- pression sur les compétences ;
- recomposition des chaînes de valeur.
Les gagnants 2025 : défense, aéronautique et industrie verte
Les données du Baromètre industriel de l’État ont montré que la majorité des ouvertures de sites industriels se sont faites dans les domaines de la défense, certains segments aéronautiques et les activités liées à la transition énergétique.
Défense : principal moteur industriel en 2025
La défense a été la filière la plus dynamique de l’année 2025. Elle a concentré une part significative des créations de sites et des extensions de capacités industrielles recensées au premier semestre.
Cette dynamique a principalement profité aux activités de mécanique, d’électronique, de systèmes embarqués et de matériaux, avec un maillage territorial étendu via la sous-traitance.
Aéronautique : une croissance concentrée sur les activités liées à la défense
Les créations industrielles ont principalement été enregistrées sur les segments aéronautiques civils et militaires liés à la défense, ainsi que certaines activités à forte intensité technologique, notamment l’usinage de précision, l’électronique et les matériaux composites.
À l’inverse, plusieurs segments de l’aéronautique civile n’ont pas retrouvé un niveau d’activité comparable à celui observé avant la crise, avec une dynamique d’investissement encore hétérogène selon les territoires et les chaînes de valeur.
Industrie verte : une dynamique dépendante du cadre public
Les activités industrielles liées à la transition énergétique ont affiché une dynamique positive en 2025, avec des ouvertures de sites dans les équipements électriques, les énergies renouvelables, le recyclage et certaines technologies de décarbonation.
Cette croissance est restée fortement conditionnée aux politiques publiques, aux dispositifs de soutien et aux appels à projets, ce qui a limité sa diffusion à l’ensemble du tissu industriel.
Les perdants 2025 : automobile et chimie
En 2025, l’automobile et la chimie ont présenté un solde net négatif d’implantations industrielles, marqué par un nombre élevé de fermetures de sites au sein de ces deux filières.
Automobile : un recul concentré chez les équipementiers
La filière automobile a connu un volume significatif de fermetures, touchant principalement les équipementiers spécialisés dans les motorisations thermiques. La bascule vers l’électrique n’a pas généré, à court terme, de volumes industriels équivalents en France.
Les activités liées au véhicule électrique ont mobilisé moins de composants et moins de main-d’œuvre industrielle. Cette évolution a entraîné une perte nette de capacités productives, sans relais suffisant par de nouvelles implantations industrielles.
Chimie : un repli lié aux coûts et aux contraintes réglementaires
La chimie a également évolué sur une trajectoire négative. Les fermetures ont concerné en priorité la chimie de base et certains segments intermédiaires, particulièrement exposés aux coûts énergétiques et au durcissement des exigences environnementales.
Les investissements requis pour la décarbonation et la modernisation des procédés sont restés élevés, tandis que la visibilité sur les débouchés est demeurée insuffisante pour sécuriser durablement les décisions industrielles.
Filières sous tension : agroalimentaire et plasturgie
L’agroalimentaire et la plasturgie ont suivi une trajectoire intermédiaire entre investissements ciblés et ajustements industriels persistants.
Agroalimentaire : modernisation sans expansion
L’agroalimentaire est resté l’un des principaux secteurs industriels français en volume, mais avec un solde d’ouvertures et de fermetures négatif. Les investissements se sont concentrés sur la modernisation des outils de production, l’automatisation et la mise en conformité environnementale, plutôt que sur la création de nouvelles capacités.
La filière a continué d’évoluer sous contrainte, en raison des coûts énergétiques, des exigences de décarbonation et de tensions sur certaines ressources, sans bénéficier d’un effet d’entraînement comparable à celui observé dans les filières soutenues par la commande publique.
Plasturgie : une exposition forte aux marchés clients
La plasturgie s’est révélée particulièrement vulnérable en 2025. Son activité est restée étroitement dépendante de secteurs en repli ou en recomposition, notamment l’automobile et le bâtiment. Les indicateurs sectoriels ont fait état d’un ralentissement de l’activité, d’une pression accrue sur les marges et d’ajustements d’effectifs.
Les projets industriels se sont majoritairement orientés vers le recyclage et l’économie circulaire, sans permettre, à court terme, de compenser le recul des usages traditionnels.
Cartographie des opportunités et des risques sectoriels
En 2025, les opportunités industrielles se sont concentrées sur :
Commande publique et souveraineté : défense, aéronautique, équipements stratégiques.
- Transition énergétique : équipements électriques, énergies renouvelables, recyclage, décarbonation industrielle, portés par des appels à projets et financements dédiés.
- Montée en gamme productive : automatisation, robotisation et modernisation d’outils industriels dans certaines filières traditionnelles, avec gains de compétitivité sans création nette de capacités.
Les risques se sont concentrés sur les filières exposées à plusieurs contraintes simultanées, sans leviers de compensation suffisants.
- Coûts de production : énergie et matières premières ont durablement pénalisé les filières intensives, notamment la chimie et la plasturgie.
- Transitions non compensées : électrification automobile et durcissement réglementaire ont entraîné des pertes de capacités industrielles.
- Contraintes de ressources : tensions sur les compétences, le foncier industriel et la ressource en eau ont freiné certains projets d’implantation.
- Dépendance sectorielle : filières intermédiaires exposées à des marchés clients en repli, en particulier la plasturgie et la sous-traitance automobile.
En 2025, les opportunités industrielles ont reposé sur la sécurisation des débouchés et la capacité d’investissement. Les risques ont surtout concerné les filières contraintes d’absorber des transformations rapides, sans relais de croissance équivalent ni visibilité économique suffisante.
Sources :
Direction générale des Entreprises (DGE), Baromètre industriel de l’État – S1 2025, Ministère de l’Économie.
Bpifrance – Banque des Territoires – France Industrie, Baromètre Industrie en Mouvement.
France Stratégie, Prospective industrielle – Rapport d’activité 2024, Vie publique.