Le décrochage de la France s’explique par une compétitivité affaiblie, une fiscalité de production lourde, des investissements insuffisants et un positionnement parfois trop exposé à la concurrence par les prix. Le rattrapage dépendra surtout de la capacité du pays à moderniser ses usines, à renforcer ses compétences et à produire avec plus de valeur ajoutée.
Coûts, fiscalité, automobile : les ressorts du décrochage français
À partir des années 1980, les effectifs des branches industrielles ont quasiment réduit de moitié, ce qui représente une perte de 2,2 millions d’emplois(1). Le décrochage s’est accéléré dans les années 2000. Aujourd’hui, la part de l’industrie dans le PIB français est nettement plus faible que dans plusieurs grandes économies européennes, notamment l’Allemagne et l’Italie(1).
Comment l’expliquer ? Tout d’abord, produire en France a coûté plus cher, pas seulement à cause des salaires, mais aussi à cause des achats, des services, du transport et des autres coûts intégrés à la production. Ensuite, la fiscalité de production a ajouté une pression supplémentaire sur l’industrie, alors que ce secteur affronte directement la concurrence internationale.
Le positionnement de l’offre française a également joué. Dans plusieurs secteurs, la France s’est retrouvée sur un milieu de gamme difficile à défendre (trop cher face aux pays à bas coûts, mais pas toujours assez différencié face aux industriels haut de gamme).
L’automobile en est un exemple de décrochage, passant d’un excédent de 5 milliards de dollars en 2000 à un déficit de 20 milliards en 2019(1).
Comment la France peut-elle rattraper son retard industriel ?
Pour rattraper son retard, la France doit agir sur ce qui freine encore les industriels. Il faut avancer de concert sur les thématiques coût, usines, innovation, compétences et export.
Alléger le poids qui pèse sur la production
La fiscalité de production pèse sur les entreprises avant même qu’elles ne dégagent un bénéfice. Alléger ce poids peut redonner des marges de manœuvre aux industriels pour investir, moderniser leurs sites et mieux résister à la concurrence internationale.
Investir dans des usines plus performantes
La France doit aussi rattraper son retard dans la modernisation de l’outil productif. L’écart entre la France et d’autres pays européens reste important. On compte 177 robots industriels pour 10 000 employés en France en 2019, contre 346 en Allemagne(1). Ce type d’investissement doit rendre les usines productives et aussi plus réactives.
Sortir du piège du milieu de gamme
La France ne peut pas durablement défendre une industrie trop exposée à la concurrence par les prix. Pour regagner du terrain, l’industrie peut viser des produits plus fiables, mieux conçus, plus durables, mieux servis et plus adaptés aux besoins des clients.
C’est l’un des enseignements du contraste avec l’Allemagne. L’industrie allemande a mieux défendu ses positions grâce à une montée en gamme plus marquée, notamment dans l’automobile et les machines. La France peut suivre cet exemple dans les secteurs où elle veut rester forte.
Transformer l’innovation en avantage industriel
L’industrie française a besoin d’innovation, mais aussi de débouchés productifs. Il faut transformer les technologies en produits, en usines et en marchés. La santé, l’hydrogène, la cybersécurité ou la décarbonation peuvent créer de la valeur si les projets passent réellement à la production.
Former les compétences dont l’industrie a besoin
Le rattrapage industriel dépend aussi des compétences disponibles. Les usines ont besoin d’opérateurs qualifiés, de techniciens de maintenance, d’ingénieurs, de spécialistes data, et de personnes capables de piloter des équipements automatisés.
Au-delà de la formation, il faut rendre ces métiers plus attractifs et mieux valoriser les parcours industriels.
Retrouver des positions à l’export
La compétitivité se mesure aussi sur les marchés étrangers. Or, la présence française s’affaiblit à l’international, notamment dans certains secteurs industriels clés. Le solde commercial de l’automobile est devenu déficitaire.
Pour regagner des parts de marché, les industriels français doivent être mieux accompagnés, notamment les PME et ETI. Cela passe par la diplomatie économique, le soutien aux filières, la présence commerciale et l’image du made in France.
La France a encore des atouts industriels, mais elle doit les transformer en positions solides sur les marchés. Le rattrapage passera par une industrie capable d’investir, d’innover, de produire avec plus de valeur et de mieux vendre ce qu’elle fabrique.
- Cahiers français, Les défis de l’industrie française, janvier-février 2022, n°425.